Le Château de Chenonceau

 

A la fin du XIe siècle
est mentionné pour la toute première fois un village voisinant la terre de Chenonceau.
 

Du XIIIe au XVe siècle
la terre de Chenonceau, sur laquelle est érigé un modeste manoir féodal, est la propriété de la famille des Marques.

1411
Un ordre royal visant à punir Jean Marques d’une rébellion exige la destruction du manoir.

1432
Jean Marques fait construire, en lieu et place du manoir de Chenonceau, un château fort et un moulin fortifié.

1513
Criblé de dettes, l’héritier de Jean Marques, Pierre, vend le château à Thomas Bohier, Receveur Général des Finances de Normandie…

1515
Après avoir fait raser le logis seigneurial des Marques, Thomas Bohier entreprend la construction d’un troisième château de Chenonceau. Il ne garde de son prédécesseur que le donjon, remis au goût du jour, et les fossés. Les robustes piliers du moulin sont utilisés comme fondations pour asseoir le nouveau bâtiment en pleine rivière, et l’avant-cour reproduit le plan carré de l’ancien château médiéval délimité par les douves. Thomas Bohier parti combattre en Italie, c’est sa femme, Catherine Briçonnet, qui dirige la construction de Chenonceau.

1517
La construction du château est bien avancée. Il conserve en matière de décor l’essentiel de sa sévérité militaire d’autrefois, mais l’ornementation extérieure est inspirée par la mode du temps, qui ajoute à l’esthétique gothique une élégance peu commune.

1521-1522
La chapelle est consacrée par le Cardinal Bohier, parent des propriétaires du lieu. Le château est achevé et les terres qui l’entourent sont entretenues. On peut maintenant recevoir dignement à Chenonceau les grandes fortunes du royaume. Catherine Bohier assoit son autorité sur le domaine, et peut y assouvir son goût pour la vie de cour. Le roi François 1er en personne sera, par deux fois, accueilli au château.

1535
Après la mort de Thomas Bohier en 1524, et celle de Catherine en 1526, leur fils Antoine doit céder le château à la Couronne, en règlement de dettes contractées par son père. C’est alors le connétable de Montmorency qui prend, au nom du roi François 1er, possession du château.

1539
Charles Quint, Empereur d’Allemagne, prince des Pays-Bas et roi d’Espagne, rival éternel du roi François 1er, visite le château de Chenonceau.

1547
Lorsque Henri II succède à son père à l’âge de 28 ans, sa favorite, Diane de Poitiers, en a 48. Elle est veuve depuis déjà vingt ans du Comte de Brézé, grand sénéchal de France. Sa beauté, la finesse de sa taille, la blancheur de sa peau, le roux de ses cheveux, sont incomparables. Soucieux de plaire à sa favorite, et de lui donner une demeure digne d’elle, le jeune roi lui offre le Château de Chenonceau. Mais le château appartient à la couronne. Diane devra attendre 1555, user de prouesses juridiques et utiliser d’adroites procédures, pour en devenir la légitime propriétaire.

1551
A Chenonceau, Diane devient duchesse de Valentinois, et l’une des femmes les plus influentes du royaume. Son succès, bien sûr, lui vaut de nombreuses inimitiés. Et, d’abord, celle de la reine, Catherine de Médicis, qui jalouse son influence sur le roi et les affaires du pays. Pour savoir pourquoi Henri lui préfère une maîtresse de vingt ans son aînée, elle ira jusqu’à faire percer le mur de leur chambre à coucher.

1552
Les efforts de Diane de Poitiers sont récompensés par le déplacement du Roi et de sa suite à Chenonceau. Aidée dans sa tâche par le régisseur André Béreau, Diane gère d’une main de fer sa propriété devenue florissante. Même si les dépenses sont nombreuses, les recettes provenant des produits en nature, des redevances des vassaux et des amendes infligées par le tribunal de la châtellenie, équilibrent les comptes. Le jardin est superbe. De hauts pins bordent les terrains de jeu de paume. Les artistes y viennent nombreux. Les distractions (bals, courses de bague et chasse à courre) y sont inépuisables.

1555
Les bénéfices tirés de l’exploitation du domaine, et l’assurance qu’elle obtient de pouvoir garder le château, incitent Diane de Poitiers à embellir encore davantage son acquisition. Elle engage de nouveaux travaux, et reprend l’idée des propriétaires précédents de développer le château en enjambant le Cher.

1559
Au cours d’une joute, Montgomery, capitaine de la garde écossaise, blesse mortellement le roi Henri II. Sa veuve, Catherine de Médicis, tient enfin sa revanche sur Diane de Poitiers, et exige la restitution de Chenonceau. Mais le domaine n’appartient plus à la Couronne, et elle devra user de menaces pour finalement obtenir l’échange du château de Chaumont contre celui de Chenonceau. Catherine de Médicis, ambitieuse et autoritaire, prend en main le domaine et met toute son énergie à faire oublier Diane. Le château devient demeure royale et accueille des fêtes somptueuses, dont la plus fameuse demeure la réception de François II et de Marie Stuart, au lendemain du tragique dénouement de la conspiration d’Amboise (1560). Concerts de canons et de tambours, jeux d’eau et “feux artificiels” offrent à Chenonceau une nouvelle jeunesse.

1563
Soucieuse de marquer le lieu de son empreinte, Catherine de Médicis fit transformer les jardins de Chenonceau, en suivant le programme exposé par Bernard Palissy dans son Dessin d’un jardin délectable.

1576
Catherine de Médicis a de vastes projets pour Chenonceau : une cour d’honneur, la transformation des fenêtres de la façade d’entrée que l’on doublera et que l’on ornera de cariatides, l’élargissement de la terrasse à l’est entre la chapelle et la librairie, la mise en oeuvre des galeries du pont, qui s’éloignera du dessin initial. Mais ces travaux considérables exigent la réunion des revenus de la baronnie de Levraux en Berry et ceux du domaine de Chenonceau.

1577
Au mois de mai, la grande galerie du château, dont les arches enjambent le Cher, est inaugurée à l’occasion de la fête donnée par Catherine en l’honneur de son fils et nouveau roi, Henri III. Outre la mère du roi, deux autres reines sont présentes ce jour-là : Louise, épouse d’Henri III, et Marguerite de Navarre, épouse du futur Henri IV. La fête, où se mêlèrent chants, danses, spectacles et concerts, reste comme le point d’orgue des riches heures de Chenonceau.

1589
Catherine de Médicis décède à Blois le 5 janvier 1589 à l’âge de soixante-dix ans. Elle lègue le château à Louise de Lorraine, reine du royaume et femme de son fils Henri III. Les vastes transformations entreprises en 1576 ne sont pas achevées : outre la galerie, seule une aile de la cour d’honneur, le bâtiment des Dômes, est sortie de terre. Louise a épousé un homme qui lui préfère les hommes, mais c’est une épouse aimante et attentionnée. Or, cette même année, Henri est assassiné à Saint-Cloud. Accablée par le chagrin, Louise sombre dans une mélancolie dont elle ne se relèvera pas. Celle que les villageois ne tardent pas à surnommer « la reine blanche » fait de Chenonceau un lieu de recueillement et de solitude. Après des années de bruits et de lumières, le silence et la nuit tombent sur Chenonceau.

1601
Louise de Lorraine meurt à Moulins, où elle s’est retirée, d’importantes difficultés financières l’ayant contrainte à quitter Chenonceau. Elle lègue le château à sa nièce, Françoise de Lorraine, alors âgée de 6 ans, et au futur époux de celle-ci, César de Vendôme, fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées.

1624
César de Vendôme devient propriétaire du domaine, dont l’administration est confiée à son épouse Françoise de Lorraine, Duchesse de Vendôme. Celle-ci s’efforce d’entretenir le domaine avec rigueur, et de maintenir le château en l’état. Tout au long du XVIIe siècle, les héritiers de la reine Louise et leurs propres descendants se succèdent à Chenonceau, sans parvenir à lui rendre son éclat d’antan. Le château, que les Valois avaient adoré, est délaissé par les Bourbons. Le 14 juillet 1650, Louis XIV est le dernier roi de l’Ancien Régime à s’y rendre.

1720
Le Duc de Bourbon achète le château. Au fil des ans, le mobilier a été dispersé, de même que les tableaux et les livres. De nombreuses statues ont été offertes pour Versailles.

1733
Claude Dupin, fermier général issu d’une ancienne famille du Berry, achète le château de Chenonceau au duc de Bourbon. Il épouse en secondes noces une fille du riche financier Samuel Bernard, banquier de Louis XIV. Éprise de culture, élevée dans l’amour du théâtre, Louise Dupin rassemble à Chenonceau une brillante compagnie du monde des arts et des lettres. Elle accueille entre autres Voltaire, Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Buffon et Rousseau, qui sera son secrétaire et le précepteur de son fils. Très généreuse et très aimée des habitants du village, Madame Dupin redonne vie au château et permet au domaine de retrouver une certaine prospérité.

1864
Marguerite Pelouze prend possession de Chenonceau, vendu par les héritiers de Madame Dupin à son mari et célèbre chimiste Théophile Pelouze. C’est donc une fois encore entre les mains d’une femme à la poigne de fer que se retrouvent les destinées du château.

1867
A la mort de son mari, Madame Pelouze poursuit seule de très importants travaux jusqu’en 1878. C’est l’architecte Roguet qui est chargé par Marguerite Pelouze de rendre au château son aspect présumé du début du XVIe siècle. On détruit alors divers remaniements effectués par Catherine de Médicis. Les cariatides de la façade du château sont déplacées et installées dans le parc.

1913
Une mise en vente judiciaire se solde par l’adjudication du château à un grand industriel, Henri Menier, petit-fils du fondateur de la chocolaterie du même nom. Le domaine de Chenonceau appartient depuis à la famille.

1914-1918
Monsieur Gaston Menier fait aménager à ses frais un hôpital temporaire dont les différents services occupent toutes les salles du château. Dans la galerie, en particulier, sont soignés de nombreux blessés. Le château participe ainsi à la Grande Guerre.

1940-1942
La grande crue du Cher de 1940 dévaste le jardin de Diane, qui ne sera pas replanté avant les années cinquante. Au cours de l’Occupation allemande, de nombreuses personnes mettent à profit la situation privilégiée de Chenonceau et de sa galerie, dont la porte sud donne accès à la zone libre, alors que l’entrée du château se trouve en zone occupée.

1951
Monsieur Hubert Menier et son épouse décident de sortir Chenonceau de sa longue léthargie et d’y faire revivre le souvenir de cinq siècles de gloire. Dès 1952, ils confient à un tout jeune agronome, Bernard Voisin, la conservation du château. Ce dernier est en piteux état. Le temps et la négligence des hommes ont laissé les bâtiments, les toitures et les jardins sombrer dans la décrépitude. Mais Bernard Voisin est enthousiaste. Il remet en état le château et ses communs, les protège des pluies, et redonne beauté et prospérité aux jardins comme au vignoble. Peu à peu, Chenonceau revient à la vie. Il peut désormais être ouvert au public, raconter cinq siècles d’histoire et de culture, s’offrir à ses visiteurs comme le témoignage vivant d’un passé revenu.

2004
Aujourd’hui, Chenonceau a retrouvé son éclat. Avec un million de visiteurs par an, et si l’on excepte Versailles qui est un palais, il est le château le plus visité de France.

 

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